Thomas, un mec qui bouge les lignes




Salut Thomas, peux-tu te présenter en quelques mots?

Je m’appelle Thomas Otton, j’ai 43 ans. Je suis d’origine lyonnaise même si j’ai vécu quelques années aux Etats-Unis dans ma jeunesse.
Je viens tout juste de me marier avec mon compagnon de 7 ans et désormais mari, Chakib, et nous sommes installés à Paris depuis plus de 3 ans.
Fan de sport et plus particulièrement de tennis et de rugby, deux sports que j’ai pratiqués de nombreuses années,
je travaille depuis 20 ans dans l’Entertainment et le sport justement.

Après 5 ans dans les jeux vidéos, cela fait 15 ans que je travaille dans l’univers du sport. J’ai notamment fait mes premières armes chez Babolat,
leader mondial dans l’équipement de tennis, puis je suis passé côté détenteurs de droits et organisations sportives avec
une expérience passionnante de Dir Comm des 24 heures du Mans, et désormais à la Ligue Nationale de Rugby (TOP 14, PRO D2,…)
en charge de la direction de la Communication et de la RSE.

Le principal enjeu de ces 20 années pour moi a été d’assumer progressivement mon homosexualité dans mon milieu professionnel du sport où la question
de l’homosexualité peut parfois être opposée – à tort – à l’imaginaire viril et masculiniste du monde sportif.

En dehors du travail, j’ai toujours été impliqué dans la vie associative et notamment les associations LGBT comme l’Autre Cercle ou en tant que membre de clubs
de rugby inclusifs comme les Rebelyons à Lyon ou les Coqs Festifs à Paris.


Être un “homme sans égal” qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Être visible, c’est essentiel pour être soi-même, être authentique et in fine épanoui et heureux.
Être soi-même aide aussi à être plus performant au travail.
J’ai longtemps pensé qu’il fallait se fondre dans le moule pour être heureux. C’était le cas lors de mes premières expériences professionnelles, où je craignais parfois que mon homosexualité ne me desserve face à des collègues aux profils, en apparence, plus « normatifs ».

Je n’étais pas moi-même donc pas authentique. Comment gagner la confiance des autres qui me voyaient avec un masque ? Quelle énergie dépensée
aussi pour dissimuler qui j’étais, parfois au détriment de l’énergie que j’aurais pu dépenser pour être encore plus performant dans mon travail !
Et le jour où finalement je décidais de ne plus mentir, il était trop tard pour rattraper le retard et regagner la confiance de certains collègues,
après tant d’années de manque d’authenticité.

En changeant d’entreprise et de région, j’ai donc décidé d’être qui j’étais, pour ne plus avoir à porter un masque au quotidien.
Quel épanouissement, quelle sensation de bien-être ! Et surtout le regard de mes collègues a changé, il n’y avait plus cette défiance que j’avais ressentie précédemment.
Au contraire, j'étais perçu comme quelqu’un d’affirmé, plus sûr de lui, ce qui a eu un impact positif sur mon leadership et ma force de persuasion.

Assumer son homosexualité dans le sport n’a jamais été chose facile, en particulier dans le tennis et le sport automobile qui ont la réputation d’être des sports individuels un peu conservateurs et parfois moins en avance que d’autres sur les sujets de diversité.

Si j’ai ensuite choisi de travailler dans le rugby professionnel, c’est parce que j’avais immédiatement senti de la bienveillance vis-à-vis de mon orientation sexuelle.
Cela m’a non seulement conforté dans le fait d’être moi-même au travail, mais m’a incité à capitaliser sur cette énergie nouvelle pour servir les
intérêts du rugby, sport du vivre-ensemble par excellence, parfaitement aligné avec mes valeurs.
Au rugby la différence est une force. Cela fait partie de l’ADN de ce sport: pour composer
une équipe il faut des gabarits différents et complémentaires : des grands, des gros, des rapides, des forces de la nature,…
Si tout le monde se ressemble, on ne gagne pas.




Se sentir libre de bouger qu’est-ce que ça t’inspire ?

J’ai envie de compléter cette phrase : se sentir libre de bouger… les lignes.
Être un homme (ou une femme) libre, c’est assumer qui l’on est, être soi-même pour mieux fédérer.

J’ai appris à travers mon parcours que la conjugaison des différences assumées est une force, que l’innovation, la créativité, le progrès viennent de la synthèse de personnalités différentes, et non d’une forme d’uniformité.

Assumer qui l’on est, être authentique crée une dynamique vertueuse qui donne envie aux autres de vous suivre.
Si nous avons pu lancer le programme #Plaquonslhomophobie
avec tous les salariés de la LNR et tous les clubs de rugby professionnels, c’est, au-delà de la cause, parce que nous avons réussi à fédérer de nombreuses parties prenantes très différentes (médias, partenaires, joueurs, associations LGBT) autour d’un projet rassembleur.
Cette dynamique collective n’aurait pas pu s’enclencher sans une démarche initiale menée avec authenticité et bienveillance.



Comment est-ce que le sport t'a inspiré à être la personne que tu es aujourd’hui ?


Le sport a inspiré toutes les grandes étapes de ma vie. Il a inspiré les étapes professionnelles bien sûr, mais il a aussi rythmé mes engagements personnels : par le rugby et l’équipe des Rebelyons que j’ai rejoint et qui promeut l’inclusion et la diversité, j’ai atteint une forme d’accomplissement personnel grâce au sport et ses valeurs.


Photo 2 : Thomas porte le tee-shirt de sport homme Francus "And The Beat Goes On"